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 La continuité pédagogique dans le 93

 

La continuité pédagogique dans le 93 : inégalités et souffrance au travail.

« Aucun enfant ne doit être au bord du chemin » : c’est ce qu’affirmait Jean-Michel Blanquer face aux médias le 12 mars dernier. Or, entre les annonces faites par le ministre sur la mise en place assurée de la « continuité pédagogique » et la réalité vécue par les élèves et les personnels de l’éducation en Seine Saint Denis, le fossé est sidérant.

Des inégalités flagrantes d’accès à l’éducation

D’une part, il y a une semaine, le ministre évoquait vaguement 5% d’élèves en situation fragile et sans accès à Internet pour lesquel.le.s des solutions seraient trouvées. Depuis lors, aucune information ni aucun moyen spécifique n’a été donné par le ministère pour repérer et aider ces élèves. Dans quelques rares établissements, les équipes de direction et les professeur.e.s tentent de pallier en appelant les familles et en prêtant des ordinateurs quand cela est possible, mais force est de constater que l’Etat est, une fois de plus, défaillant en Seine Saint-Denis et coupable d’une véritable rupture d’égalité.

D’autre part, ce chiffre est bien loin de la réalité des élèves dans notre département, le plus pauvre de France : rappelons que, selon l’INSEE, le taux de pauvreté y est de 27,9% et s’élèverait à 39,4% sans la redistribution du système de protection sociale. Nos élèves sont pour beaucoup issu.e.s de familles défavorisées dont l’accès au numérique est plus que fragile, sinon inexistant, et ont, pour certain.e.s, des difficultés pour subsister au quotidien et des responsabilités au sein du foyer. Nos élèves d’UPE2A et/ou mineur.e.s non accompagné.e.s sont, à ce titre, particulièrement fragiles.

Comment assurer la « continuité pédagogique » quand nos élèves n’ont pas d’ordinateur ou d’accès internet ? Comment assurer la « continuité pédagogique » quand ils/elles doivent s’occuper de la maison, des frères et sœurs, parce que les parents sont contraints d’aller travailler ? Comment assurer la « continuité pédagogique » quand nos élèves subissent une extrême précarité ?
A l’heure où la nation est appelée par le gouvernement à être solidaire, la Cgt Educ’action 93 demande des moyens pour les élèves de notre département sous la forme d’un plan d’urgence.

Des enseignant.e.s sous pression constante

Par ailleurs, la « continuité pédagogique » a fait exploser la charge de travail des enseignant.e.s, les plongeant, pour beaucoup, dans une situation de souffrance au travail.
D’une part, les plateformes et logiciels de l’Education Nationale ne sont, de toute évidence, pas adaptés à la mise en place forcée de l’enseignement à distance : les ENT saturent et tous les outils officiels sont défaillants. Ce sont alors les enseignant.e.s qui pallient ces problèmes techniques, par leur réactivité, leur créativité et un travail incessant.

D’autre part, pour maintenir l’illusion d’une école qui fonctionne parfaitement, l’institution pressurise les enseignant.e.s pour qu’ils/elles travaillent à distance à tout prix, sans tenir compte de leur vie personnelle (beaucoup ont elles/eux mêmes des enfants à charge à la maison), de leur santé physique et mentale et de l’intérêt réel pour les élèves.

Cette pression prend la forme de véritables injonctions dans certains établissements : par exemple, cette demande incongrue de faire l’appel au lycée international de Noisy le Sec ; ou encore ce logiciel de visioconférence imposée au lycée Jean Zay d’Aulnay sous Bois ; ou pire encore, ces injonctions insupportables au collège République où les enseignant.e.s sont assailli.e.s de missions imposées par leur direction : recensement des accès ENT et ordinateurs des élèves, création d’un espace de travail sous deux jours, coordination de l’organisation du travail de la classe, création d’un nouvel emploi du temps pour la classe et pire encore, incitation péremptoire à venir au collège pour remplir certaines tâches.

Ainsi, depuis une semaine, par conscience professionnelle et parce qu’ils/elles connaissent bien trop les inégalités que subissent leurs élèves de Seine Saint Denis, les enseignant.e.s des écoles, collèges , lycées et services du département, travaillent à distance, sans compter, sous une pression constante. Cette situation ne peut plus durer car il est illusoire de faire croire aux élèves, aux familles et aux personnels que l’ « école à distance » peut remplacer sans aucune faille l’école tout court, que les programmes seront terminés, que faire pleuvoir numériquement des devoirs et activités sur les élèves peut remplacer l’enseignement réel et l’apprentissage en classe.

Dans cette crise de sanitaire majeure, la CGT Educ’action 93 rappelle que la mise en place de l’enseignement à distance n’annule pas le droit du travail des travailleurs.ses et par conséquent, également des personnels de l’Education Nationale, qu’ils/elles soient enseignant·es, administratif·ves, titulaires ou contractuel·les. Elle demande donc que des moyens adéquats et un temps nécessaire soient accordés aux personnels pour qu’ils/elles puissent remplir leur mission et que les élèves puissent apprendre, aussi sereinement que possible dans le contexte actuel de confinement.