Instances : CTA, CTSD 93, CHSCT 93, CDEN 93 1er degré

 Déclaration liminaire de la CGT au CTSD 1 er degré 22 juin 2018

 

Monsieur le directeur académique,
Mesdames et messieurs membres du CTSD

En un an de gouvernance, le gouvernement actuel solde tout ce qui reste du modèle social français. Il s’attaque tour à tour au Code du Travail, au principe de solidarité fiscale avec la suppression de l’impôt sur la fortune ou l’augmentation de la CSG, mais aussi à la Fonction Publique en diminuant fortement ses effectifs, en renonçant à augmenter ses personnels titulaires pour les remplacer par des contractuels ou en supprimant le paritarisme. Le tableau est long et lourd : nous pourrions aussi parler des réformes de l’accès à l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle, du ferroviaire et de celle annoncée des retraites.
Ces différentes mesures ne manqueront pas d’avoir des conséquences désastreuses dans le département de la Seine Saint Denis, déjà très lourdement affaibli par les mesures des gouvernements précédents.

Concernant l’éducation nationale, la CGT éduc’action dénonce les dernières réformes en cours comme PARCOURS SUP qui stigmatise nos élèves des banlieues populaires. La réforme annoncée de la voie professionnelle du lycée s’articule avec cette vision d’une école du tri social : la suppression de 9 à 11 semaines de cours en bac pro, la baisse drastiques des heures d’ enseignements généraux va creuser encore plus l’écart qui existe entre le baccalauréat professionnel et le BTS. Le bac professionnel doit conserver sa double finalité : insertion professionnelle et poursuite d’étude.
La CGT éduc’ation dénonce aussi la répression qui s’exerce sur les élèves qui tentent de se mobiliser contre cette sélection, notamment les conditions de détention qui se sont effectuées de manière illégales par les forces de l’ordre.

En ce qui concerne l’enseignement dans le 1er degré, la CGT éduc’action fait un bilan plutôt négatif de cette dernière année scolaire.
• Nous dénonçons la réforme des rythmes scolaires de cette année qui a mis les municipalités, les parents et les équipes pédagogiques dans un débat stérile. Cette énième mouture de la réforme n’a fait qu’accentuer l’inégalité territoriale. Nous demandons que les décisions qui concernent l’ensemble des acteurs de l’éducation nationale soient prises au niveau du ministère et non plus laissé à la seule décision des communes.
• Nous dénonçons la mise en place du PPCR qui promettait une revalorisation salariale qui n’a pas été tenue. La mise en œuvre de ce dispositif n’a pas apporté d’amélioration du point de vue des rémunérations et a entraîné une charge de travail très lourde pour les personnels administratifs. PPCR introduit surtout un grade à accès fonctionnel dont 90% des collègues enseignant·es sont irrémédiablement exclu·es. Dans la mise en œuvre de ce nouveau grade, ce sont encore les femmes qui sont discriminées. Cela ne répond pas aux besoins des personnels de voir augmenter les salaires par l’augmentation du point d’indice. De plus, l’annonce médiatique d’une prime de 3 000 euros pour les enseignants de REP+ ne nous satisfait pas dans la mesure où celle-ci n’a aucune incidence sur le point d’indice et qu’elle ne concerne qu’une fraction des collègues.
• Nous dénonçons la suppression des contrats aidés et plus particulièrement la suppression des CUI aides à la direction qui mettent les directrices et directeurs dans une situation difficile, avec une charge de travail toujours plus grande, notamment en REP et REP+ où les effectifs des équipes pédagogiques augmentent : nous avons une pensée particulière pour les directeurs et directrices déchargé-es partiellement.
• Nous dénonçons la fermeture de la classe LSF, seule classe dans le département qui accueille les élèves sourds. Nous considérons que la seule justification des effectifs n’est pas suffisante et nous nous interrogeons sur l’incitation pressante du monde médical à orienter les familles sur l’oralisation c’est-à-dire la mise en place d’appareillage pour les jeunes enfants).
• Nous dénonçons la formation des enseignants stagiaires, formation qui change d’aspect et donc de nom trop régulièrement. Les retours des stagiaires de cette année écoulée est catastrophique. Beaucoup d’entre eux considèrent que les « enseignements » apportés ne correspondent pas à leurs besoins. Que la surcharge de travail ne leur permet ni d’effectuer une préparation de qualité pour la classe, ni de faire un travail de réflexion de qualité pour leur début de carrière et pour l’ESPE. Nous sommes face à de jeunes collègues qui commencent leur carrière dans de grandes souffrances pour certain. Nous considérons qu’il n’est pas possible de laisser arriver de nouveaux collègues en comptant seulement sur leurs capacités personnels à comprendre les enjeux de ce métier.

En ce qui concerne la mesure « 100% réussite », le bilan est mitigé.
La CGT Educ’action défend la baisse des effectifs par classe mais dans toutes les classes : 20 élèves par classes maximum et 15 en éducation prioritaire.
Et ce, sans sélection comme c’est le cas en ce moment avec PARCOURS SUP, mais avec une augmentation conséquente des moyens pour l’éducation nationale et la formation supérieure.

Nous avons réalisé une première enquête auprès de quelques enseignants de CP qui ont pu bénéficier de cette mise en place.
Globalement, le bilan est plutôt positif : les collègues ont vu des changements certains dans leur pédagogie, la façon d’appréhender le groupe classe. Pour la totalité des enseignants interrogés, les apprentissages sont plus rapides et les élèves en difficulté sont repérés plus rapidement. Ce qui permet une mise en place plus rapide de séances de remédiation. Les pédagogies des collègues ont elles aussi évoluées, laissant plus de place à la manipulation, aux jeux, etc…
Cependant, quelques critiques apparaissent dans leur bilan :
• Si cette mise en place est plutôt positive et aide la plupart des élèves de CP à entrer dans la lecture, elle n’est d’aucun appui pour les élèves en très grande difficulté, dont les problématiques ne relèvent pas du nombre d’élèves par classe. Et dans la mesure où nombre de circonscription ont demandé au RASED (quand il en existe encore), de ne plus intervenir dans les CP, ces élèves sont laissés de côté et sont beaucoup moins impactés par le dispositif. S’ajoute à cela le fait que nous sommes dans un département sous doté en service publique : les CMPP et autres structures d’aides aux familles étant surchargées avec une attente minimum de 6 mois avant une prise en charge.
• Des collègues se plaignent d’une tentative de la part de la hiérarchie, dès le début d’année, d’orienter et d’imposer des manuels et des pratiques de classe au détriment de la liberté pédagogique. Ou d’avoir un regard intrusif dans les pratiques de classe. Certains inspecteurs allant jusqu’à commander les manuels de lecture à la place des enseignants.
• Si le bilan global du dispositif est positif, il est, selon les collègues, difficile de faire un bilan réellement objectif dans la mesure où les dispositifs de mise en place diffèrent d’une ville à l’autre, d’une école à l’autre, du fait de la disponibilité des locaux. Lorsque les collègues sont en classe réduite ou en binôme choisi (c’est à dire des collègues qui se connaissent depuis longtemps et travaillaient déjà ensemble), nous constatons que le dispositif a porté ses fruits. Par contre, le dispositif a été plus difficile lorsque les équipes se sont constituées contre leur gré du fait de la rapidité de la mise en place (annonce en Juin pour une mise en place en septembre). Nous rappelons qu’un travail en co-intervention, surtout sur ce type de dispositif demande un temps de préparation que certains enseignants n’ont pas pu avoir.

A partir de ce bilan, la CGT éduc’action reconnait qu’il y a eu du mieux dans les apprentissages des élèves ayant bénéficié du dispositif, mais regrette que cette mesure ne soit pas étendue à l’ensemble des niveaux. Nous dénonçons par ailleurs une mesure mise en place sans aucun moyen supplémentaire, mais par la suppression des « Plus De Maîtres Que De Classe » qui auraient pu être une aide pour les classes des autres niveaux.
Nous regrettons la fluctuation permanente entre la mesure annoncée de CP à 12 et la réalité qui montre des classes de CP et CE1 à 14 ou 15 élèves. Les collègues du 3ème cycle s’inquiètent déjà de cette montée d’effectifs pour les années à venir, se demandant s’ils ne vont pas hériter de classes à 28 ou 30 élèves, dans la mesure où le manque de locaux disponibles est de plus en plus important dans le département.
La CGT éduc’action dénonce les tentatives de l’éducation nationale d’intervenir dans les méthodes pédagogiques des collègues, remettant en cause les projets et structures innovantes ou en relançant des débats stériles sur des méthodes de lectures sur lesquels les enseignants et les syndicats d’enseignants se sont déjà prononcés.

En conclusion, Monsieur le directeur académique, nous considérons que malgré les bénéfices de cette mesure que constatent nos collègues, celle-ci n’est pas à la hauteur des besoins du département et de l’éducation nationale. Nous pensons qu’à terme, elle sera, elle aussi remplacée par une autre mesure, un autre dispositif plus attrayant médiatiquement, comme l’ont été les « PDMQDC ». La preuve en est que les personnels arrivant sur les écoles n’occupent pas des postes mais sont considérés comme des « moyens ».